La conscience de Heinrich...

Concerts, meetings de cinglés, sorties de CD ou DVD, etc...
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Leoscaraxx
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La conscience de Heinrich...

Message par Leoscaraxx »

La faiblesse de Heinrich pouvait se résumer à la génétique des cuisses, peu importe avec laquelle des deux sœurs il était, c’était la proximité qui définissait son appétence. La didactique des sens, tel un dictateur, martelait son dogme et bien plus encore au fil de l’effet Mc Clintock. Le dilemme était alors une évidence, fermer les yeux, imaginer, quelques gesticulations ou se plonger dans l’un de ces deux corps froid…..

OK je sors :roll:
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MS12
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par MS12 »

Ne bouge pas, les hommes en blanc vont bientot arriver...
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ACX
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par ACX »

Sais-tu Leoscaraxx, qu'il est des circonstances où l'homme, si perspicace qu'il soit, se doit d'obtempérer à des raisons, qui bien qu'aléatoires, n'en conservent pas moins un caractère intrinsèque et absolu.
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AlainHubert

Re: La conscience de Heinrich...

Message par AlainHubert »

:fou: :fou: :fou: :lol:
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oliverbass
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oliverbass »

"Crois tu que seuls les règles et les métronomes se synchronisent ?" beugla alors le condisciple...
Pourtant lorsque j'ouvre une Tripel Karmeliet à Strasbourg, le Schmetterling FX valvulise ses ondes plasmatiques et Wendy O'Williams se réincarne à Buggenhout, ainsi que tu peux le voir ! Non, Heinrich, tes miasmes irridescents ne tendront plus vers la porosité au réel tant que tu n'auras point réajusté les trim pots de ton inconscient !
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AlainHubert

Re: La conscience de Heinrich...

Message par AlainHubert »

"...les trim pots de ton inconscient !"

C'est bon ça. :bravo:
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LeGrosChat
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par LeGrosChat »

Loin devant eux, la digue se jetait dans l'océan comme un Cerbère effarouché se réfugiant dans les entrailles de l'Enfer. A cette pensée, Günther se raidit et rajusta la martingale de son débardeur qui pendait le long de son bermuda jusqu'aux cuissardes en daim qu'il ne quittait que pour dormir. "Voilà une fort belle soirée pour apprendre l'alphabet cyrillique", se dit-il.
A ses côtés, Waltraud, frémissante, murmura : "Regarde, Günther..." en désignant l'horizon de son annulaire taché de suie. Elle se rapprocha imperceptiblement de la digue sombre jonchée d'écailles de tortues marines échouées la veille, puis fit violemment volte-face. "Est-il temps de revenir à ce débat ridicule ?" lui lança-t-elle avec un sourire sardonique qui lui fendit le visage comme un coup de rasoir dans un oreiller de satin pistache.

Non, certes, Günther en était intimement persuadé. Ils n'en reparleraient certainement jamais plus, en tout cas pas un jeudi. Feignant de se rendre à l'évidence, il esquissa un pas de côté et elle plongea subitement la main dans la poche kangourou de son paréo d'astrakan, étreignant avec une force désespérée le petit porte-clé Pikachu qu'il lui avait offert la semaine précédente, lors des funérailles de ses parents. Sortant soudain de l'autre poche un rétroviseur de Clio qu'elle colla face à son visage pour scruter l'océan dans son dos, elle s'exclama : "Regarde, Günther" répéta-t-elle "on dirait que cela se rapproche de nous. D'ici, cela ressemble un peu à un paradoxe de Russell, mais je n'arrive pas à en distinguer les contours."
Günther frissonna de crainte qu'elle veuille lui rendre son Pikachu, et obéit immédiatement. Il pinça ses narines et enfonça son index dans une oreille, comme il le faisait chaque fois qu'il voulait décupler son acuité visuelle, et scruta inlassablement le magnifique coucher de soleil rosissant comme un citron cette île sculpturale et dépeuplée qui surgissait des eaux en plein milieu du golfe. Troublé par la beauté sauvage de l'île et de ses courbes sensuelles, il tenta de se concentrer à nouveau sur son observation en récitant, comme sa mère, ardente fanatique de Pythagore, le lui avait appris, la table des neuf en verlan de grec ancien. Il n'avait d'ailleurs jamais trouvé de remède aussi efficace pour lutter contre un début d'érection.

Effectivement, il lui sembla alors, l'espace d'un instant, qu'un bouillonnement persifleur venait envahir de ses spasmes l'agencement onirique des couleurs sucrées de ce crépuscule abyssin. "Mais retourne-toi donc !" siffla-t-il entre ses dents tachées de confiture de myrtille. "Il arrive, cette fois-ci, j'en suis sûr !"
Waltraud n'en croyait pas ses oreilles ! Günther ! L'homme qui, jamais devant elle, n'avait osé exprimer ses certitudes, probablement à cause de ses modestes origines paysannes, cet homme venait pour la première fois de s'engouffrer dans l'étroit tunnel manichéen duquel on ne peut inexorablement ressortir que par l'autre extrémité, affrontant en plein coeur d'une agora brûlante d'une trop intense lumière médiatique, l'insoutenable brasier de la vindicte publique et de tous ses détracteurs agricoles.
Terrassée par une telle audace, et le rétroviseur à la main, elle obtempéra instinctivement à l'injonction de son compagnon et pivota. Juste à temps...

(Fin du onzième épisode. Retrouvez les subtiles et judicieuses aventures de Waltraud et Günther dans notre prochain numéro)
Ʌ___Ʌ
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Spraytex
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par Spraytex »

C'est cool ici.
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aglagla
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par aglagla »

Alors soit ça :smoke: ,ou ca :sante: ,ou ça tout simplement :fou: ,va savoir?
Interressant en tout cas.
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oryjen
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oryjen »

Comme disait Gaston à Prunelle qui venait de défoncer le plafond de son crâne après avoir reçu la Boule De Bowling sur le pied:
- Tu sais que tu sautes très haut, toi! Tu pourrais faire du sport si tu étais moins maladroit."
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oryjen
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oryjen »

Enfin je voulais dire: Y'a du talent littéraire de gros calibre, par ici :urgh: :bravo: :cool: ... vous pourriez en faire qqch, non? C'est déjà fait? :bave:
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pluto 4
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par pluto 4 »

:lol:
N'ayant rien compris au sujet mais ,Bon !
Du coup McClintock nous ramène à l' effet Whitten et ainsi qu'à leur Organes de Jacobson ,dont j'ai bien connu la tante ,ainsi que la fille entre nous soit dit.
N’empêche que là je suis entrain de chercher un truc à dire alors que je ferais mieux de faire de la musique.
:fou:
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Leoscaraxx
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par Leoscaraxx »

Les murs piqués de noirceur, rappellent que dehors la ville s'est lavée de ses péchés. Jusqu'au petit jour. Avec le retour de la crasse récurrente. La pluie; fléau; invasion; donne, aux murs de plâtre, le végetal dont mon corps, et mon âme se nourrissent. Je suis l'esclave, et la pute du champignon.
L'épisode nocturne de Lysia, lui fit comprendre l'ampleur des fissures de la réalité, le quotidien s'en trouvé troublé. Désormais les repères n'avaient plus de sens. Tout, avait un goût de de semblant, allait elle pouvoir ressentir à nouveau ????

"Les mots viennent facilement quand mon regard passe la fenêtre, moi aussi j'aimerai partir, pourquoi pas comme Emile dans la chaleur des fumées de la cheminée, si seulement le Doc pouvait se tromper dans les cachetons..... Mais c'est pas ici que j'arriverai a me trancher les veines peinard ! Les deux blacks sont toujours sur mon dos a me surveiller, j'ai jamais aime les types de couleur, si moi je sent la merde, c'est pas leur habit tout blanc qui me feront oublier a,quel point eux ils ressemblent a de la merde ! Peut être que pour terminer mon séjour plus vite je pourrais aussi violer la vieille, y parait qu'elle n'en a plus plus pour longtemps tellement elle a chope des saloperies a force de se faire limer ! Moi aussi j'aimerai sortir, en attendant mon tour je continuerai a bouffer les insectes, eux ils m'énervent, ils vont et viennent librement, et moi je suis seul ! Au moins quand je les avale ils sont en moi, avec moi, et je suis moins solitaire ..... Le temps de la digestion ! Tiens et celle la, la blonde avec son gros cul et ses petits seins qui sentent le patchouli, je pourrais peut être la bouffer elle aussi, pendant qu'elle est avec moi a me torcher le cul.... Je serais moins seul, avec une belle fille ! Ca sentirai le patchouli ...... Le temps d'une digestion"
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oryjen
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oryjen »

... "Comment décrire cette hallucinante remontée ? Six heures, d’abord, ne représentent rien dans cet état d’objets où nous étions. Six minutes, six fois la mort de l’univers, aussi bien...

On est là, l’esprit vide, la mission accomplie ; non, pas « là » : Un gouffre noir à tous les cardinaux, un gouffre épais où rien n’existe à part moi, et Carvalho. Nous n’avons qu’un seul but : Accumuler du temps, comme un trésor, comme on compte des points d’assurance-vie. Au bout d’un long moment, d’un court instant, le passé, le futur, s’abolissent en un présent sans dimension, quelque chose comme l’Eternité des curés je suppose, en mieux, en vrai.
Hé oui, messieurs-dames, la plongée profonde n’est pas un déplacement, un voyage au fond de la mer... C’est une expérience métaphysique, et la profondeur où l’on plonge n’a de liquide que la fuyante vérité des hommes, celle qui coule entre les doigts, qu’on ne saisit jamais, même en hurlant de désespoir, ou d'exaspération.
Ainsi, que faire pendant six heures, au long de six éternités, une fois, brève, qu’ont été ressassés les motifs, les prétextes, les tenants et le reste ? Que fait-on suspendu dans le noir, rivé à la lampe de secours du collègue, celle qui use moins de piles ? Que fait-on dans ce nid minuscule de lumière blafarde qui flotte, indifférent, entre pas-grand-chose et rien-du-tout, respiration économe ?
Oui, on ressasse encore, on va plus loin, on se souvient, on se démonte soi-même en sales petites pièces fragiles et puantes, singulières, et l’on se trouve, là, seul avec soi, petit paquet égotiste de merde bouillonnante, dans le néant de triste merde...
Et le voilà, le noeud qui ferme serré, serré, le sac-à-merde : Anselme. Anselme ! Ils m’ont appelé « Anselme », ces cons, ces criminels, ces abrutis ! Il est serré, le sac-à-merde, serré, bourré, à puruler de tout ce qui s’en est suivi. Anselme ! Anselme... c’était « joli », Anselme, c’était original ! On n’allait pas m’appeler « Pierre »... « Pierre Keller », c’est d’un commun ! Des Pierre il y en a plein, il y en a trop, c’est tous les mêmes. Anselme, oui, c’est le nom de personne ; et c’est l’homme à personne, Anselme. A personne. Ha oui, il est gentil, pas mal de sa personne, bonne situation, tout ça... Mais ce prénom... « Anselme ».
Ha non ! « Johnny », « Jack », « Malvin », oui, pourquoi pas ? « Albert », même... Mais « Anselme » ?
Non, pas du tout !

Alors oui, pourquoi pas, les surnoms ? Hé oui, mais les surnoms, vient un moment où l’on n’y coupe plus. Par exemple : « Mais enfin, « Tarzan », mais enfin, « Trocadéro », mais enfin, « Serpillière » ou- plus commun- mais enfin, « Doudz », vous avez bien un nom ? Un vrai nom ? Un prénom, donné par vos parents ?
Elle est là, ne dit plus rien... Elle me regarde, elle attend, elle attendra jusqu’à ce que l’horreur vomisse par ma bouche : Anselme.
« Ho, dites voir... Anselme (elle tique gentiment)... Mon Dieu ! Je viens de me rappeler un rendez-vous urgent ! Il m’était complètement sorti de la tête, ce rendez-vous. Je ne peux pas le manquer, c’est important pour moi, pour ma carrière, vous comprenez... »
Et voilà, la magnifique, la belle, l’irrésistible, l’attirante-pot-de-miel, oui la jamais-n’auras, je vois son dos, je vois ses hanches qui balancent, petites, loin, parties, partie, je vois l’eau, encore, qui ruisselle à mes yeux, une eau salée, une eau marine – tiens- elle bruisse, je vois le ciel, l’eau, le ciel, la peinture salie, blanche, noire, verte, l’eau, bleu, l’écume, jamais, Nora, jamais.
On m’entoure, on me hisse, me traîne, me dépouille, me palpe, me déshabille, me parle, me sèche, me griffe, me giffle, me parle, m’appelle... Carvalho aussi, là, près de moi, sur la couchette voisine, Carvalho, sans son barda, tout seul, tout déshabillé, tout humain, tout muscles, peau et tricot de peau, Carvalho.
Ha oui. La mission. Le fond, lisse, incroyable, etc... La mission. C’est bon, j’y suis, taisez-vous, vous pouvez vous taire, me laisser, je vais dormir maintenant, je vais dormir un moment."
AlainHubert

Re: La conscience de Heinrich...

Message par AlainHubert »

Comme disait Gaston Lagaffe; M'enfin ?

Ce bon vieux Achille Talon, lui, saliverait probablement à la lecture des ces passages...

Tiens, ça me rappelle une de ses aventures où il devait faire une conférence mais avait chopé un de ces rhumes. Il décida donc de prendre des médicaments copieusement sans regarder la posologie...
Voici sa réflexion;

"Le tout est d'équilibrer méthodiquement les diverses phases de la contre-offensive. Avant tout, ne pas bousculer la nature. Tiens, je m'exprime déjà plus lucidement. Schnurfgzf! La domination du miasme est en marche."
"Miracle de la thérapeutique bien comprise. Je sens que des événements violents se passent au plus profond du secret de moi-même. Un génocide microbien s'accomplit. Dure loi de la jungle. L'ennemi succomba bravement. Je m'inclinerais bien si je ne craignais que mon nez ne coulât encore un peu..."
"Chose curieuse, ce rhume m'aurait plutôt galvanisé. Extraordinaire facultés de la machine humaine qui puise des énergies nouvelles jusque dans ses combats pour la vie. Grr, Hop !"
"Je m'en vais te vous y peter des flammes moi, pour cette conférence ! In the mood qu'il faut que je suis !"

Un écriteau devant la petite scène indiquait: Aujourd'hui, Monsieur Achille Talon sur les méfaits des hallucinogènes. C'est alors que, brandissant son bras au ciel devant une salle stupéfaite, il déclara à haute voix:

"La grode, semmieurs, cette nemace terpamente pour notre neujesse (hahaha poil aux fesses) !"

:lol:
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LeGrosChat
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par LeGrosChat »

La vieille dame recroquevillée dans son fauteuil d'osier se redressa lentement et se leva avec peine pour refermer la fenêtre. Dehors, le ciel était gris et quelques pigeons virevoltaient devant les façades d'immeubles. Derrière elle, le plateau de son repas terminé était posé sur la petite table, de celles qu'on utilise pour pouvoir manger au lit.
L'aide-soignante entra soudain, sans frapper, comme à sa détestable habitude : "Alors Mamy Colette, vous avez bien tout mangé ?" S'affairant à ramasser les couverts et emportant le plateau, elle ne voyait que le dos tourné de la vieille dame. Celle-ci, comme à son habitude après le repas du soir, avait agrippé sa boite à ouvrage dans laquelle elle conservait discrètement sa blague à tabac jaune d'Old Holborn, son papier à rouler, et une petite pochette de fleurs de marijuana, dont elle en égrainait un peu sur le tabac avant de lisser sa langue sur le bord du papier, et rouler le tout d'un geste vif, habile et machinal. Profitant de l'absence de la fille qui s'affairait dans le couloir laissant la porte ouverte, elle rangea vite la boite dans sa table de chevet, et se leva péniblement de nouveau, le joint discrètement calé au creux de sa main. La fille revint : "Ah, Mamy Colette, encore cette satanée cigarette après le repas, hein ?" reprit-elle, sans même la regarder. "Vous savez que ça ne vous fait pas du bien, hein ? Si vous ne vous arrêtez pas, un jour ça vous tuera !" Sa voix couinante et haut perchée, ce ton lancinant qu'elle prenait, comme pour réprimander un petit enfant fautif, sa peau claire de blonde fadasse et même ses formes callipyges et ses gros seins laiteux, tout l'agaçait chez cette fille.

"Gnagnagnagna, salope ! T'as décidément des yeux dans le dos : toujours à m'espionner, sale petite pute !" pensa-t-elle, impassible, continuant de se diriger vers son lit dont l'aide-soignante venait d'épousseter les miettes du repas avant d'en retendre les draps et la couverture.
"Non non non ! Pas question ! La cigarette c'est dehors sur la terrasse, pas dans la chambre ! D'abord c'est pas sain, puis vous risquez de mettre le feu au lit... Voilà ! Combien de fois faudra vous le dire, Mamy Colette ?" Reprit-elle, en montant encore davantage dans les aigus, énervée. "Tenez, si vous voulez, je vous prépare vos béquilles, et je vous accompagne à la terrasse. Mais pas ici, hein ?"
Ah, ces béquilles ! Quelle galère ! Leur seul avantage, c'est que la vieille dame pouvait aller où elle voulait dans ce foutu bâtiment avec, et toute seule !
- Tu peux te les carrer dans le fion... Jusqu'aux poignées ! Murmura-t-elle dans les replis du châle qu'elle venait de mettre sur ses épaules décharnées.
- Comment ? reprit la fille, Je comprends pas bien quand vous marmonnez comme ça dans votre barbe...
- Euh... Je ferai très attention. Je vous promets... répéta Colette, très distinctement cette fois-ci et en prenant son air de chien battu.
- C'est non, et pour la dernière fois ! Répondit l'aide-soignante. Tenez, voilà vos béquilles, je vous tiens par le bras et on va à la terrasse.

Tant pis ! Colette se renfrogna par principe, histoire de montrer à cette pimbêche qu'elle s'avouait vaincue, mais intérieurement elle fomentait un nouveau plan d'attaque. Le dernière fois, elle avait réussi à lui coller un grand coup de béquille dans les tibias, faisant mine de perdre l'équilibre au démarrage de l’ascenseur. L'autre connasse en avait gardé un bleu toute la semaine suivante. Haha, quel panard !
- Je suis désolée, avait murmuré la vieille, toute contrite. Tu parles, désolée-mon-cul, oui !
- Ce n'est pas grave, c'est à cause de l'ascenseur, avait répondu la fille, les yeux embués de larmes de douleur...
Cette fois-ci , elle se méfierait, pas question de lui faire le coup des béquilles dans l’ascenseur. Et même dans le couloir elle serait sur ses gardes.
- Non, j'en prend qu'une cette fois. Dit la vieille. Avec les deux j'suis pas à l'aise, vous me tiendrez le bras de l'autre côté, hein ?
- Si vous voulez. Alors c'est vous qui me tiendrez bien fort le bras, d'accord ?
Elle traversèrent le premier couloir jusqu'à l'ascenseur, puis l'autre jusqu'à la terrasse sans encombre. L'aide-soignante se détendit enfin en poussant la porte vitrée de la terrasse où se tenaient déjà trois petits vieux installés face à la porte, dans des fauteuils d'extérieur en résine autour d'une table basse. Ils fumaient silencieusement, eux aussi, regardant arriver les deux femmes.
Soudain, Colette buta sur le seuil en alu de la porte. Pivota vers l'aide-soignante et s'affala sur elle de tout son poids en agrippant le col du chemisier entr'ouvert de la fille. Celle-ci se raidit brutalement sous le poids de la vieille, les boutons du chemisier cédèrent et un gros sein lourd et laiteux jaillit de son bonnet pour venir pendre au-dessus de la tête de Colette qui n'en finissait plus de glisser vers le sol. Oubliant toute pudeur, la fille penchée en avant empoigna fermement Colette et la remit sur ses pieds avant qu'elle ne puisse se blesser par terre. La vieille n'avait pas encore lâché le chemisier ni la bretelle du soutien-gorge, et ce sein généreux pendait encore, nu et blanc, entre les bras de l'aide-soignante qui prit quand même le temps d'installer Colette sur un fauteuil face aux trois vieux avant de se rajuster dignement en leur tournant le dos.
- Merci ! Dit Colette, toute pâle et essoufflée par cet exercice périlleux.
- De rien, répondit la fille, en ramassant la béquille par terre, le chemisier déboutonné s'ouvrant encore sur un décolleté plongeant. Vous savez, je n'ai pas de reproche à vous faire, ça fait partie de mon métier et je ne sais pas comment je serai moi-même à votre âge. C'est déjà bien que vous puissiez encore marcher, même avec de l'aide. Et elle sortit en refermant doucement la porte derrière elle.

Les trois vieux n'avaient pas bougé, dans un silence religieux. Celui face à Colette lui lança soudain un grand sourire édenté, fit claquer sa langue, et avoua :
- Colette, tu es vraiment la reine !
- Je savais pas si vous étiez là ou pas. En vous voyant j'ai un peu improvisé. Mais c'était pas mal réussi, non ? sourit la vieille en allumant son joint.
- Magistral ! Dit le deuxième. Quelle paire elle a, cette gonzesse !
- Ouais, si tu veux, et encore t'en a vu qu'un... Le plus petit en plus, souffla-t-elle dans un nuage de fumée. Mais les gars, un deal est un deal, et vous me devez chacun dix euros. Payables demain à la salle de télé. Comme c'est mercredi, y a mon petit-fils qui vient me porter mon herbe, et je lui ai promis de lui filer les tranxènes pour son copain chimiste, alors vous oubliez pas les cachetons non plus, hein ?
- D'accord... Hé ! C'est déjà l'heure d'aller au pieu, dit le premier en se levant après avoir regardé sa montre. Je sens qu'on va faire de jolis rêves cette nuit, lança-til en ricanant, pendant que le deuxième se levait aussi pour le suivre. Salut les amoureux !

Le troisième n'avait toujours rien dit, impassible, fumant en silence, ses lunettes noires sur le nez malgré l'absence de soleil.
- Daniel ? Dit Colette en lançant le mégot de son joint par-dessus la rambarde. Tu m’accompagnes jusqu'à ma chambre, hein ?
- Oui, ma beauté ! Dit-il simplement, retirant ses lunettes sur un extraordinaire regard d'un bleu limpide, étonnant pour une personne de cet âge.
- J'te jure que j'te déchirerai ni ta chemise, ni ton pantalon, si je glisse !
- Ma pauvre ! Si j'avais pas laissé ma prostate sur le billard, t'aurais eu de quoi te raccrocher pourtant, dit-il avec un pauvre sourire nostalgique.
- Tu parles, Dani-Gueule-D'Amour ! Il y a vingt ans, je t'aurais même joué un air de clarinette solo, le soir dans ma chambre...
- Et on aurait fini le morceau au trombone à coulisse, c'est ça ? Demanda-t-il, taquin, la fixant de ses yeux hypnotiques.
- Oui, mais maintenant on est comme deux vieux cons, là... Répondit-elle en évitant timidement son regard.
- Tant pis pour les instruments, ce qui compte c'est la musique, non ?
Elle se leva péniblement, s'aidant de sa béquille, et ils rentrèrent lentement tous les deux dans le bâtiment, clopinant épaule contre épaule.
Ʌ___Ʌ
\ʘᴥʘ/
AlainHubert

Re: La conscience de Heinrich...

Message par AlainHubert »

LeGrosChat, comme tu l'as déjà dit à propos d'un de mes messages dans un autre fil, "ça sent le fait vécu, ça..." :mdr: :wink:
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par LeGrosChat »

:mdr: ...Loupé, Alain ! :bravo: ...Même pas : je n'ai aucun vécu particulier dans le milieu hospitalier ni celui des maisons de retraite (on attendra encore quelques décennies pour en être client, si c'est vraiment nécessaire, hein ! :badgrin: ). Non, juste un zeste de petites z'anecdotes entendues ici ou là, à l'occasion d'un pot chez des copains, ou en buvant un café à la terrasse d'un bar avec une tablée d'infirmières et aides-soignantes à côté de nous, etc...
Et le tout, bien sûr, fortement interprété voire carrément modifié pour permettre de se raccorder à une histoire commune...
Sinon, pour ma prostate, tout va bien aussi, merci, je n'ai toujours pas les yeux bleus ni besoin de béquilles pour le moment, non plus ! :palm: :mdr: :mdr: :mdr:
:vieux: Je précise donc, pour info :
Ceci est une œuvre de fiction. Tout fait réel ou personnage vivant ou ayant vécu présentant une éventuelle ressemblance avec ceux de cette histoire serait une pure coïncidence indépendante de la volonté de l'auteur.
NB: Désolé pour la longueur un peu exagérée du post précédent. La prochaine fois, j'essaie de ne pas dépasser les dix lignes. :oups:
Ʌ___Ʌ
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oryjen
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oryjen »

- Tant pis pour les instruments, ce qui compte c'est la musique, non ?
:biggrin: Rho-ho-hôôôôooo! Vé l'autre qui ramène son antienne! :smoke: :bravo:
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oliverbass
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Re: La conscience de Heinrich...

Message par oliverbass »

wo putain c'était bien parti mais au-delà de 10 lignes c'est trop long pour les moments où je m'accorde une petite pause... :sad2:

quand je pense que vous avez pas le temps de nous faire une reprise de Vangelis :talk: :mdr:
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