BLT a écrit :Pourquoi ne pas laisser le choix aux groupes et aux salles et informer le public en mettant à sa disposition des bouchons protecteurs ? Après à chacun de choisir s'il va assister ou pas au concert, avec ou sans protection.
Sans doute parce que ça irait à l'encontre de la logique sécuritaire et d'assistanat qui caractérise nos sociétés, c'est dangereux un mouton capable d'évaluer, de décider, d'agir par lui-même...


...Tu sais combien, comme toi, je n'aime pas les législations liberticides, surtout quand elles s'appuient sur des copinages malodorants dans les sphères politico-financières (HADOPI ou la loi "éthylotest" de Mars 2012, entre autres), et je partage très volontiers cet avis raisonnable concernant une mise en garde préalable du public pour certains groupes revendiquant volontairement un niveau sonore très élevé. J'irais même, pour prolonger ton idée, jusqu'à le mentionner dès la billetterie, éventuellement par une signalétique spéciale et explicite sur les billets de concert et dans les points de vente.

...Sauf que, même aujourd'hui, quelle est la proportion de population qui est réellement sensibilisée et consciente des risques liés aux niveaux sonores excessifs ?
Nous oui, musiciens adultes (voire d'âge mûr, éventuellement

) et informés des risques encourus. Mais est-ce que suffisamment d'autres le font, ou savent au moins pourquoi ils devraient le faire ?

Porter des bouchons d'oreilles à un concert, ça reste encore une absurdité pour un grand nombre de personnes.

...Et quand bien même ce serait clairement indiqué sur les billets et à l'entrée des salles, ce ne serait qu'une mise en garde de plus parmi les dizaines, chiantes et inutiles, qu'on nous rabâche tous les jours à la télé et dans les médias.
Trop d'alerte tue l'alerte !
Souviens-toi dans les années 1990/2000 (avant la validation des trithérapies apparues dès 96), malgré le battage médiatique omniprésent, Act-Up et le Sidaction en France, les décès à la une des JT de nombreuses personnalités célèbres du spectacle, de la scène rock et du cinéma,
il y a encore eu plusieurs dizaines de milliers de personnes en Europe infectées par le virus du SIDA, suite à des rapports sexuels non protégés, quelles qu'en soient les raisons.
Fort heureusement, il n'y a jamais eu de véritable loi pour interdire de baiser (entre adultes consentants, évidemment), et chaque individu parmi ceux et celles qui ont eu l’occasion de le faire à cette période particulièrement critique l'a donc fait en étant personnellement "
capable d'évaluer, de décider, d'agir par lui-même..." (sic).
...Dont acte (sexuel, en l’occurrence) !

Je ne vais pas faire un cours d'histoire ou de sociologie, mais si l'Humain s'est fondé en
société, c'est parce qu'il s'est rendu compte qu'il avait beaucoup plus de chances de survie en groupe plutôt qu'isolé, et que la
mise en commun et le
partage des compétences individuelles et des biens permettait au groupe d'être globalement plus fort du fait des inégalités flagrantes entre individus. C'est comme cela qu'est apparue la Sécurité Sociale en France en 1945, pour que les dépenses de santé de chacun puissent être partagées entre une grande quantité de cotisants en proportion de leurs revenus. C'est un principe fort généreux dans la mesure où chacun peut bénéficier des meilleurs soins possibles, indépendamment de ses propres moyens financiers, même s'ils sont insuffisants pour couvrir les frais. En revanche, lorsqu'un individu fait passer son propre plaisir égoïste en priorité, au détriment de sa propre santé et du coût des soins que cela représentera pour la communauté, on peut concevoir qu'elle puisse le lui reprocher et qu'elle souhaite éviter que cela se reproduise en sanctionnant les abus, ce qui entraîne la nécessité d'un arsenal législatif.

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit dans ce cas, c'est plutôt la pénalisation de ceux qui ont la responsabilité des moyens techniques qui peuvent mettre en danger massivement la santé des autres, plus précisément en l'occurrence celle de leur audition. Et ce n'est pas la clientèle des salles de spectacles qui est visée mais bien les "professionnels" (ou prétendus) qui ne sauraient pas maîtriser leurs outils de travail en les rendant nocifs. A mes yeux, c'est donc la même nécessité d'un contrôle aussi sévère que pour la sécurité sanitaire d'un restaurant ou d'un débit de boissons, même si certains n'y voient pas le même niveau de risques, à tort.

...Quant à la notion de
liberté artistique, même si je la revendique sincèrement du plus profond de moi-même, elle a ses propres limitations pour rester légitime et doit savoir s'autocensurer pour ne pas attenter à l'intégrité physique du public. Comment pourrait-on accepter une performance d'artiste qui consisterait à griller au lance-flammes les premiers rangs de spectateurs ?

...Pourtant, c'est à peu près ce qui se passe au niveau du fragile système auditif du public massé devant la scène d'un certain nombre de concerts, même si la violence n'est pas aussi visible, mais pourtant bien plus insidieuse car les traumatismes irréversibles peuvent ne pas se déclarer instantanément, mais un peu plus tard...
Alors, je suis volontiers d'accord pour le côté "remue-tripaille" qui vient renforcer l'effet spectaculaire d'un concert, mais à l'heure actuelle, il est inadmissible que le
qualitatif ne vienne pas se substituer au
quantitatif. On pourrait tout aussi bien gérer des "infra-subs" dont la perception ne passe plus par les cellules ciliées de la cochlée, mais par les voies respiratoires et les os du crâne (via les sinus qui sont creux, et reliés aux fosses nasales).