BLT>
Néanmoins je pensais que le sujet t'aurait intéressé, et que tu aurais eu des choses à dire, car six jeunes m'abusent tu chéris généralement le son de tes synthis au point de nous poster souvent des tracks en son brut de décoffrage...
Affirmer cela montre un manque de prise en compte de l'histoire de l'art

Hu! Hu! tu tombes bien! Je connais bien l'histoire de l'art. C'est ce que j'ai étudié et c'est mon métier.
De plus je l'enseigne, et n'ai jamais cessé de la questionner, théoriquement, et aussi en regard de ma pratique (peinture).
qui nous apprend qu'au fil des siècles, et selon les pays, les canons esthétiques ont différé et évolué.
Et qui nous apprend surtout que l'esthétique n'est qu'un épiphénomène transitoire sans grand intérêt.
Le fond essentiel du phénomène artistique n'a rien à voir avec l'esthétique, le goût, et tous ces phénomènes transitoires, qui ne sont pas d'ordre artistique, mais d'ordre social et culturel.
Il est pourtant évident que nous n'avons pas tous les mêmes goûts, et que nous ne sommes pas sensibles aux mêmes choses.
Il est possible (et vrai) que nous n'ayons pas les mêmes tendances au niveau superficiel du goût, et qu'au niveau de la sensibilité existent des variantes individuelles de surface.
Mais au niveau physique profond de la perception, nous partageons largement certains critères qui garantissent la possibilité de phénomènes culturels, sociaux, etc... et même de communication avec d'autres vivants.
Et au niveau spirituel profond de la perception, il en est bien évidemment de même, ce qui explique très largement que malgré des différences culturelles de surface, que nous puissions être touchés par des productions artistiques originaires d'autres époques, d'autres milieux, dont éventuellement nous ne savons que peu de choses, voire rien du tout.
Pour être sensibles à quelque chose, il faut y avoir été initié très tôt dans sa vie, et en avoir été imprégné durablement.
Il ressort de ce que j'avance plus haut, que tu as raison pour les phénomènes artistiques de surface, qui ressortent du goût, de la mode, ou des problématiques d'"écoles", de clochers, de coteries plus ou moins étendues (et toutes ces foutaises qui finalement font plus de mal à l'art que de bien, en ce qu'elles détournent l'attention du public du véritable fond du problème).
Mais concernant ce qui fonde la pulsion, la pratique, et les oeuvres à un niveau profond, je pense (et toute l'histoire de l'art, justement, me le prouve, ou du moins la lecture que je m'autorise à en faire) que c'est absolument faux. Une oeuvre élevée à la puissance, à la dignité d'existence requises, s'exprime d'elle-même fortement, et transcende le filtre superficiel du goût, de l'esthétique, de la culture.
Il ne s'agit évidemment ici que de mon humble avis, basé sur des éléments que j'ai pu constater moi-même.
Je suis conscient de ce qu'il contredit un certain discours populiste...
m'en tape.
Mais c'est aussi celui de nombre d'artistes de premier plan dont notre culture a validé la position, et dont les oeuvres sont conservées à grands frais comme autant de précieux trésors de la pensée humaine.
Ory, quels sont ces incontournables points de convergence à tes yeux ?
Rien de très compliqué, mais seulement des éléments qui nous impactent très profondément (comme beaucoup d'autres vivants):
-La vie/la mort
-L'ombre/ la lumière.
-Le sens de la pesanteur.
-La fadeur/l'intensité.
-La vitesse/ la lenteur.
Tout notre équipement perceptif est modelé en profondeur autour de ces quelques tropismes essentiels, leurs nuances, et leurs combinatoires.
On peut s'appuyer sur eux pour développer un langage sensible (différent de la pensée articulée) que l'on espère chaque fois neuf, ingénu, sincère, et qui s'appuiera tout doucement sur quelques conventions qui aident, en effet, je le veux bien, comme des sortes de portes d'entrée.