En fait au départ, pour moi, il y avait surtout une question: Pourquoi tout le monde fait ci, pourquoi tout le monde fait ça, et pourquoi à moi ça me plaît pas? (retour du subjectif refoulé... Ouf c'était moins une!)
Donc j'ai pioché la question.
J'ai essayé. Avec ce que j'avais sous la main du bon, du pas bon, et du super-pas bon.
J'ai essayé longtemps!
J'ai même essayé chez les autres sur du super-très-bon des fois.
Je suis tout de suite tombé sur quelques distinctions qui m'ont paru essentielles, avec beaucoup d'ingénuité parce que je ne suis pas un homme de culture: pour connaître, faut que je tripote.
Par exemple, sur ce fameux petit ZOOM 505 MKI (numérique), conçu et commercialisé pour guitare électrique, il m'a tout de suite sauté aux oreilles que c'était pourrissime comme rendu. A la fois par rapport au son brut de ma guitare et par rapport à d'autres processeurs d'effets plus "raffinés".
Mais j'ai eu une grosse surprise avec mes synthés analo et ma guitare nylon Cuenca amplifiée: un résultat bien souple, bien délicat (pardon pour ces métaphores tactiles et gustatives. Il y a certainement un vocabulaire spécialisé à base de courbes, de fonctions et de chiffres pour parler de tout ça, mais je l'ignore).
J'ai passé des heures à explorer le truc dans tous les sens, à envoyer les sons aux horizons et au pinacle.
Mais au final, tout pareil, quels que soient l'engin, son prix, et la technologie utilisés: A forte dose je ne reconnais plus le son original, or c'est celui-ci que j'avais recherché, parfois longtemps, et qui m'avait filé la trique au point parfois de mettre le portefeuille au supplice.
A faible dose, ça passe, mais j'ai fini par constater deux choses pour moi importantes:
-1° le placement spectral du son, dès l'étape première de la composition, produit des effets largement similaires, comme j'ai tenté de le montrer par des exemples.
-2° mes vieilles oreilles sont fatiguées d'avoir ingurgité tous ces trucs de rigueur, parfois jusqu'à la nausée, surtout dans les années 80-90: réverbe, delay, écho, chorus... Ras les feuilles en fait. Au bout du compte, ça me fait l'impression de sentir le plastique neuf. Ca me fait penser aux ceps de vigne tout vernis dont on faisait des pieds de lampe à une époque dont vous vous souviendrez peut-être pour les chenus.
-3° le placement spectral assume parfaitement le rôle de spatialisation, mais sans surimposer cet espèce de vernis acajou/chêne clair (selon les goûts).
Finalement je préfère, parce que:
-1° si je fais le bilan de mon histoire avec les synthés, c'est vraiment le son pur de l'instrument qui me fait craquer. Aucune théorie là, voyez, ne vous trompez pas de procès: je ne parle que de mon goût et j'en ignore les raisons (et je m'en fous).
-2° Si au moment de composer j'utilise le tableau de bord du 747 (et ça c'est en soi-même un truc qui me fait voyager!) non seulement pour poser une ambiance, des rapports de sons expressifs, et au final tâcher de "dire quelque chose", mais aussi pour construire attentivement un espace sonore, cela rajoute en quelque sorte une corde à l'arc de l'instrument, et je dois dire qu'à partir du moment où j'ai eu compris ce truc, ça a largement renouvelé mon expérience de la synthèse (et le plaisir qu'elle me procure).
Si, en recherchant par le biais de la musique quelque chose que je pense pouvoir appeler une "vérité subjective", et qu'en plus je peux me tenir au plus près de ce que je ressens comme la "vérité de l'instrument", c'est un peu le beurre et l'argent du beurre, et ça me botte.
Voyez, contrairement à ce que certains commentaires ont essayé de faire entendre, depuis le début de cette discussion je ne fais appel à aucune "théorie", "culture" (que j'abhorre), ou "intellectualisme".
Je ne fais état que de constatations sensibles, expérimentales, sans doute maladroites car complètement déconnectées de toute théorie préexistante.
Si on me dit "pour obtenir ceci tout le monde fait ça" et que mes oreilles me disent autre chose, que voulez-vous... en parfait primitif Ardéchois, je fais plutôt confiance à mes oreilles.
D'une manière générale, en art, dès lors qu'on a besoin d'une loooooongue tirade pour expliquer ce que l'on fait ou ce que l'auditoire devrait percevoir, je suis plus que suspicieux...
Et tu as bien raison, je pense aussi que tout commentaire est inutile à une oeuvre normalement capable de s'exprimer par elle-même. Mais il me semble que ce n'était pas ce dont je parlais (le "contenu").
Par contre, si on essaie par la parole articulée d'expliciter des trucs qui relèvent du domaine sensible immédiat, et non de la parole, celle-ci se trouve en difficulté: La parole est l'instrument de la pensée articulée, et l'expression artistique n'est pas une pensée articulée. C'est une sorte de processus holistique... Donc bien évidemment, pour circonscrire par le discours un domaine qui ne saurait en relever, il faut utiliser de longues approches, compliquées, des périphrases, définir ou redéfinir des termes, etc... tourner autour du pot. C'est un peu long en effet.
Est ce que tu te rends compte du roman que tu nous faits là pour essayer de nous prouver une vérité qui, fatalement, ne conviendra pas à tout le monde ?
Pardonne-moi, mais tu me sembles faire ici une erreur d'interprétation: Je ne cherche pas à prouver une vérité ultime que j'aurais découverte, Moi le Grand Défricheur des Steppes. Je donne le témoignage de mon étonnement, de mon questionnement, de ma petite pratique... Pardon si les termes employés etc etc etc...
Tu en es tout de même arrivé au point d'en appeler à la vie/la mort pour nous demander pourquoi diable on va coller un EQ au cul (...) d'un Moog !!!
Pas du tout. tu fais ici un amalgame douteux, j'espère que tu t'en rends compte: Je tâchais de définir quelques grandes tendances pour parler de l'art en général, de ce qui peut fonder une démarche artistique (et tu auras compris que pour moi elle n'est pas différente de ce qui fonde la vie en général). On avait largement dévié du sujet du son et des effets en particulier, parce que quelqu'un avait mis en question, en élargissant le débat, la notion de "vérité" (subjective, aurais-je dû avoir la prudence de préciser) sur laquelle je m'appuyais pour parler de mon expérience du son:
Cette 'vérité' est étroitement liée à ton référentiel personnel, qui n'est pas forcément semblable à celui de quelqu'un d'autre.
Comme il se doit, on en est rapidement arrivé à:
Affirmer cela montre un manque de prise en compte de l'histoire de l'art
, ce qui n'avait rien de propice à recentrer le propos (et se trouvait être faux).
La discussion a failli démarrer grâce à Stiiiiive, qui racontait certaines expériences de première main relatives au sujet, et je l'en remercie.
J'aime le son brut de décoffrage de mes Synthis mais en général mon son repose sur pas mal d'effets (écho, chorus, phaser j'ai même parfois tendance à en abuser) et de filtres,
Ici aussi ça pouvait être un point de départ, si tu nous avais expliqué par exemple ce que tu peux faire à l'aide d'un filtrage externe, dont les filtres de ton Synthi sont incapables au moment de la composition...
Je pense que c'est un sujet intéressant, il y aurait beaucoup à dire, beaucoup à explorer en matière de synthèse fine... Peut-être que certains ici, disposant d'une connaissance théorique sur le son, auraient des choses à nous apprendre.
Malheureusement, comme souvent sur les forums, le machin tourne à l'aigre et au procès facile, comme si toute question représentait ipso facto une sorte de danger.
Et l'on dirait qu'il ne suffit jamais d'argumenter si on n'est pas d'accord avec ce qui est dit, ou simplement de passer son chemin si l'on ne se sent pas concerné: Il faut encore absolument faire taire l'importun. Ou s'arranger pour le transformer en une cible plus grosse et plus facile.
Quel dommage.