Il y beaucoup de vérités et de faits avérés dans les différentes interventions ci-avant. Même si je partage un certain nombre de choses dites précédemment, j'aimerais aporter quelques précisions.
"Variations pour une porte et un soupir" de Pierre Henry n'a pas grand chose à voir avec une oeuvre "bruitiste synthétique" dans le sens ou elle n'est pas réalisée avec des synthétiseurs. Cette oeuvre est bruitiste et synthétique dans le sens ou des bruits "naturels", produits par l'Homme et/ou son environnement sont mis en scène de maniére synthétique , c'est à dire que ces sons sont sortis de leur contexte "naturel" et ne sont pas re-produits de manière spontannée mais par des manipulations réfléchies et à l'aide d'équipements électroniques.Dans cette optique, le terme "musique électronique" n'est pas réduit à désigner une musique à base de synthés, modulaires ou pas, qu'elle soit mélodique ou pas. Les compositeurs de cette époque et de ces courants "Noise" et "Musique Concrete" tels que Pauline Oliveros, Walter Carlos (Sonic Seasonings), Steve Reich, La Monte Young, Karl-Heinz Stockhausen, Conrad Schnitzler la bande à Schaeffer, Bayle, Henry, Parmeggiani, etc... n'ont fais qu'inventer de nouveaux vocabulaires pour exprimer les nouvelles idées qu'ils avaient en tête. Cela va de paire avec l'apparition de nouveaux outils électroniques mais toujours dans un contexte d'échange... de nouvelles idées sont génératrices de nouveaux outils et de nouveaux outils suscittent de nouvelles idées.A noter aussi que ces gens ne faisaient pas de musique avec des synthés modulaires, mais plutôt ils utilisaient des équipements électroniques divers tels que des oscillateurs de labo, des enregistreurs/lecteurs à bandes et les autres outils que l'on peut trouver dans un studio, comme un instrument modulaire et la matière qu'ils travaillaient ne se limite pas à des sources sonores d'origine électronique. Le synthé modulaire s'inscrit clairement dans cette continuité d'intégration des processus créatifs.Le synthé modulaire, selon sa constitution, aura un vocabulaire qui lui est propre et s'intégrera dans le studio au même titre que d'autres instruments et d'autres équipements.
Ce qui, de manière fondamentale, différencie ces oeuvres visionnaires, extrèmement originales et à haute teneur artistique de ce que l'on peut voir et écouter actuellement sur le net, est la démarche, la motivation, la génèse et le but recherché, au-delà de la qualité intrinsèque qui est subjective et irrelevante dans cette analyse.
Je ne pense pas que bon nombre de ces vidéos "bruitistes" aient une quelconque valeur ou vocation didactique... comme le dit justement Yves, les auteurs sont principalement motivés par une exhibition du nouveau module à la mode, simplement pour faire partie du Hype modulaire, sans maitrise de l'instrument dans son ensemble. Ces auteurs là, au contraire des "vrais artistes" actuels du modulaire tels que Keith Fullerton Whitman, Raglani, Blind Old Freak (Alessandro Cortini), Richard Lainhart, Charles Cohen, etc...n'utilsent ce vecteur très puissant qu'est l'internet que pour obtenir une certaine reconnaissance, qu'ils n'obtiennent pas en vendant des disques ou en se produisant sur scène, pour "exister" artistiquement en dehors des confins de leur home-studios. A l'aire de l'internet, finis la branlette auditive en solo, en famille ou avec les amis, c'est la grosse méga partouze sur la toile! Maintenant,, en publiant ces vidéos, les auteurs ne le font certainement pas avec la prétention de présenter des "oeuvres" et l'humilité implicite est plus que louable...sans prétention, sans complexes et sans retenue! Mes propos peuvent paraitre durs, gratuits mais il s'agit aussi d'une auto-critique, car moi aussi j'ai succombé à la tentation de publier des choses parfaitement inutiles et dénuées d'intéret. C'est tellement facile, rapide, gratifiant, efficace et la diffusion en elle-même est pratiquement gratuite. Ceci-dit, je ne publie pas tout et n'importe quoi, n'importe où. J'essaye de publier mes démos, expériences, essais et autres clips dans une aire plus restreinte telle que par exemple ce forum, parce-que d'un quelconque intéret en illustration d'un propos bien précis et je réserve au "grand public" mes travaux que j'estime aboutis, d'une qualité satisfaisante, par respect pour le public et pour moi-même.
Il faut différencier plusieurs types de vidéos:
les vraies vidéos musicales
les démos de produits dans une démarche de pur marketing (Jordan Rudess m'a bien vendu un LP Stage II et quelques MF...

)
les démos didactiques " amateurs" de qualité (James Cigler...et en clip audio uniquement, Nav's modular lab)
la pollution (Bibi et les branleurs...)
Il est vrai que la pollution est plus "visible" car plus importante en volume que les choses réllement intéressantes mais il ne faut pas se formaliser. De toute façon elle est là, indéniable et incontournable. On a quand-même encore et toujours le libre choix d'écouter ou de ne pas écouter, de regarder ou de ne pas regarder, d'aimer ou de ne pas aimer... de publier ou de ne pas publier...
Maintenant, plus proche du sujet, il y a des musiciens et des artistes sonores (comme les artistes sculpteurs, peintres, etc...). Ces derniers faisant la part belle actuellement et commencent à prendre le pas sur les premiers qui sont en apparente perte de vitesse. Le musicien, qu'il soit Classique, Rock, Jazz, de session ou autre tombe en désuétude par rapport aux DJ's, Producteurs, etc. Cependant et fort heureusement, le musicien est loin d'être une espèce en voie d'extinction, mais subit une mutation, en perpetuelle évolution...
Certains artistes commencent dans un esprit digne de l'Underground le plus profond et évoluent graduellement vers des travaux plus accéssibles, d'autres évoluent dans le sens inverse.
Personnelement, je n'ai aucune formation musicale conventionelle ou académique, pas de solfège, pas de piano ou de guitare, ni même de flûte à bec... autodidacte pur. Seule mon oreille de mélomane averti et d'audiophile ma permis d'en arriver où je me situe, musicalement. J'ai bien tenté de devenir un "musicien", je me suis essayé à la basse et aux claviers pour rapidement me rendre compte que je n'était pas doué dans la pratique de ces instruments ni même dans la composition...Par contre je sentais un certain don pour traduire des idées en sons et pour la "production". C'est donc une évolution naturelle pour moi que de passer de productions à l'instrumentation plus conventionelle vers des productions plus abstraites avec l'instrument parfaitement en adéquation avec mon approche, ma méthode de travail et mes processus créatifs : le modulaire !
Que mes productions semblent "mélodiques" ou "bruitistes" m'importe peu. Je suppose que je recherche un équilibre entre les extrémités... Ce qui est important, c'est que ma musique soit le reflet de ma sensibilité, de ma personalité et de ma pensée, le contenu plus que la forme... un jour ce sera bruitiste, abstrait ou hermétique, un autre jour ce sera mélodique, accéssible...
Pour en revenir à la compil Anafrog, j'aime autant les bleeps, krrzzzz et pschhiiiitt de BLT que les envolées mélodiques Berlinoises de Yves, l'ambiance feutrée et voluptueuse de Gouji ou l'énergie débordante de Modular...
Dans tout ce micmac, je ne retiendrai que les notions de TRAVAIL, PLAISIR, LIBRE CHOIX, EVOLUTION et RESPECT.
Désolé pour la longueur de mon post
